Commission Kazakhgate: pourquoi Chodiev exige des excuses de l’État

Commission Kazakhgate: pourquoi Chodiev exige des excuses de l’État

16:28 26.04.2018

L’homme d’affaires s’estime sali, à l’issue de l’enquête parlementaire « Transaction pénale ». Il envisage de passer l’éponge en échange d’excuses en bonnes et dues formes de hautes instances de l’État.

Patokh Chodiev sort de son silence. L’homme d’affaires belgo-ouzbek a attendu patiemment la fin de la commission d’enquête « Transaction pénale », dite « Kazakhgate », sanctionnée jeudi par le vote en séance plénière du rapport final, pour sortir du bois.

En fait de bois, le businessman au centre d’une commission d’enquête qui aura occupé le Parlement durant 16 mois, manie le bâton (et une carotte).

Comprendre : Patokh Chodiev propose un deal au Parlement. Vendredi, par la voix de son avocat Pascal Vanderveeren, il a exigé des « excuses de l’Etat belge », plus particulièrement du pouvoir législatif. En échange, Patokh Chodiev retirerait son action en justice amorcée le 19 avril 2017 et n’en intenterait pas de nouvelle.

« Patokh Chodiev fait la proposition à l’Etat belge de faire amende honorable à propos de la commission d’enquête ‘Transaction pénale’ et de tout le tort qui lui a été fait au cours de celle-ci », développe le conseil de l’homme d’affaires devant une poignée de journalistes. Faute de quoi, « nous devrions envisager de déposer des plaintes ».

Du chantage ? Pascal Vanderveeren s’en défend vigoureusement : « Ce n’est absolument pas un chantage ! Mon travail, en tant qu’avocat, est de résoudre un conflit entre mon client et l’Etat de la meilleure des manières. Si l’on peut résoudre ce conflit sans passer par des procédures longues et coûteuses, c’est bénéfique pour tout le monde. Il y a eu suffisamment de ratés au cours de cette commission. Patokh Chodiev fait une proposition audacieuse : il demande à la commission de faire son examen de conscience. »

Ce membre du « trio kazakh » – trois hommes d’affaires qui ont signé en 2011 une transaction pénale – a effectivement attaqué en justice l’Etat une première fois, au cours des travaux de la commission d’enquête. Pour quels motifs ? M. Chodiev et ses avocats reprochent à la commission un comportement « fautif » à triple raison : la commission serait sortie de son rôle politique ; la commission ne respecterait ni le principe d’une enquête à charge et décharge ni la vie privée ; enfin, elle bafouerait la présomption d’innocence.

Ces griefs n’ont pas changé. Mais l’enquête parlementaire est terminée, et Me Vanderveeren en dresse le bilan pour son client. Il souligne : « Les commissaires sont unanimes sur un point, aucun grief ne peut être porté contre une personne privée dans le volet de l’enquête ayant trait à la naturalisation de Patokh Chodiev ». Or, à entendre son conseil, « c’est à ce moment-là que sont formulées contre M. Chodiev des allégations de criminalité ou de contacts avec des criminels ou des mafieux ». « Calomnie ! »

« Aucune excuse »

Patokh Chodiev impute « deux dysfonctionnements majeurs » à cette commission honnie. « Les fuites incessantes » au cours des travaux ainsi que « la manière dont a été présidée cette commission ». Sans vouloir prononcer son nom – à l’instar de Didier Reynders dans nos colonnes – c’est le SP.A Dirk Van der Maelen qui est visé. « Attitude pathétique », « incapable de se mettre au-dessus de la mêlée »… Le socialiste flamand en prend pour son grade, à l’instar de Georges Gilkinet (Ecolo) – lui aussi pas cité nommément, mais identifié comme l’un des « deux députés plus intéressés par leur intérêt particulier que l’intérêt public ».

MM. Van der Maelen et Gilkinet, deux élus poursuivis au civil par Patokh Chodiev. Le deal proposé par le belgo-ouzbek ne concerne que l’éventuel retrait de sa plainte déposée contre la Chambre, pas celles contre les deux hommes.

« Concernant la plainte contre la Chambre, je ne peux pas m’exprimer. C’est à elle de réagir, estime Dirk Van der Maelen. A titre personnel, je ne vois aucune raison d’adresser des excuses à M. Chodiev. La Sûreté de l’État avait, au milieu des années 1990, 5 rapports qui établissaient des liens entre cet homme et des organisations criminelles russes, ou autres. Au cours de nos travaux, notamment au travers de l’audition de Claude Guéant, il est apparu que la France a mis en place une équipe d’avocats, dont l’objectif était d’influencer le sort judiciaire du trio kazakh en Belgique. Le rapport confirme donc tout ce que j’ai pu dire dans la presse. »

La main tendue de Patokh Chodiev recevra-t-elle un meilleur accueil du président de la Chambre?

Piratage et campagne de désinformation: «Que mes yeux pour pleurer»

Le point commun entre Georges Gilkinet, le député Ecolo en pointe dans le dossier Kazakhgate, et l’avocat bruxellois de Patokh Chodiev ? Ils ont tous deux été victimes d’un piratage électronique, en marge d’une vaste campagne de « fake news ». D’où venait-elle ? « J’ai été victime d’une intrusion des plus graves, s’offusque Me Pascal Vanderveeren. Plus de 4 à 5.000 de mes contacts ont été compromis. J’ai déposé plainte avec constitution de partie civile et, depuis, j’ai souvent la compagnie d’agents de la Computer crime unit. Je n’ai que mes yeux pour pleurer, comme M. Gilkinet. Pour le reste, pas plus d’informations. »

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