Pour la première fois, Patokh Chodiev se manifeste

Pour la première fois, Patokh Chodiev se manifeste

16:42 29.01.2017

Le milliardaire réagit aux révélations de la Chambre et de la presse. Première sortie formelle avant d’aborder les questions de fond?

Malgré son choix assumé de ne pas s’exprimer plus que nécessaire, nous avons interrogé Patokh Chodiev préalablement à toute publication en série, que ce soit avant les Panama Papers (avril 2016) qui révélaient la réorganisation de son patrimoine offshore, avant les Football Leaks (décembre 2016) qui exposaient ses réseaux de relations sociales turco-kazakhes, et même avant que ne commencent les audiences de l’actuelle commission parlementaire d’enquête « transaction pénale ».

Par voie d’avocats ou d’agences de communication, via Paris, Londres ou Bruxelles, l’homme désormais le plus célèbre de Waterloo ne pourra pas contester la volonté du Soir d’obtenir sa version des faits.

Cependant, les conseillers du Belgo-Kazakh semblent lui avoir recommandé de faire le dos rond et ont tablé sur une commission qui ferait long feu, s’éteindrait avant trois mois. Aujourd’hui, pour la première fois un avocat s’exprime en son nom dans les colonnes du Soir et du Standaard via une carte blanche que nous reproduisons sans la moindre soustraction.

Ses arguments : la Justice a déjà longuement enquêté sur la naturalisation de M. Chodiev, M. Chodiev n’aurait pas la capacité réelle de contredire les révélations de presse, la présomption d’innocence serait bafouée, il n’a pas accès à tous les documents qui seraient nécessaires à sa défense, enfin la commission parlementaire empiète sur les prérogatives de l’enquête judiciaire.

Il n’y a jamais eu d’enquête hors la seule filière Rozenberg

La Justice a déjà enquêté ? Sophisme, lorsqu’on suspecte une corruption de l’ordre judiciaire. Il n’y a jamais eu de véritable enquête judiciaire sur le processus de naturalisation de Chodiev, en dehors de la seule « filière Rozenberg » pour laquelle il a effectivement été entendu le 22 mai 2001 à 12 h 50 – notez que Le Soir avance des faits, pas des rumeurs. Malgré les PV de gendarmerie, il n’y a donc jamais eu d’enquête réelle sur les soutiens « Sûreté de l’État/Kubla ». La carence judiciaire est à ce point évidente qu’il est permis de la croire organisée, et c’est bien pour cela que la commission assume aujourd’hui cette charge d’enquête.

M. Chodiev n’a pas accès à certains documents et la partie est inégale ? Nous non plus, nous n’avons pas accès aux notes de la Sûreté qu’il a nourries, aux actes des sociétés offshore qu’il a constituées, aux éventuels véhicules de pression financière dont dispose M. Chodiev. Il nous semble que le handicap est à tout le moins partagé.

Enfin, l’avocat de M. Chodiev se plaint de ne pouvoir contredire les accusations à son égard. Outre le silence qu’il oppose depuis quinze ans au Soir, nous l’invitons – et 17 parlementaires à nos côtés – à répondre favorablement à une convocation de la Chambre, à y exposer sa défense (« On est en droit d’attendre qu’il s’explique », note son avocat) et, du même coup, à nous démontrer sa connaissance d’une des langues nationales.

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