Patokh Chodiev et ses accointances avec la mafia russe

Patokh Chodiev et ses accointances avec la mafia russe

21:31 22.09.2019

La Commission d’enquête parlementaire poursuit ses auditions dans le cadre du Kazakhgate. Ce mercredi, c’était au tour de la Sûreté de l’Etat d’être entendue. Le président du Comité R a apporté plus de détails sur les relations qu’entretenait le milliardaire Patokh Chodiev avec la mafia russe.

«Rien à signaler», tel était la conclusion rendue par les services de la Sûreté de l’Etat en 1996, après avoir analysé le dossier de naturalisation de Patokh Chodiev, le milliardaire kazakh impliqué dans le Kazakhgate. La Commission d’enquête qui répond au même nom a poursuivi ce mercredi son travail en auditionnant Guy Rapaille, président du comité R, l’organe de contrôle des services de renseignement.

Le passeport de Chodiev

Selon ce dernier, «‘il apparaît clairement, dès les années 1994, 1995 et 1996, à la Sûreté de l’Etat que (le milliardaire Patokh) Chodiev entretenait des liens problématiques avec la mafia russe«. Et de poursuivre qu’il est dès lors «étonnant» que dans son rapport transmis à la commission de naturalisation de la Chambre en 1996, la Sûreté se contente d’un cachet «rien à signaler», a encore souligné Guy Rapaille.

Quand les parlementaires demandent alors plus de détails sur le blanc seing apporté par la Sûreté de l’Etat, le président du comité R indique qu’il n’«pas d’explication à ce stade-ci sur le pourquoi de la chose, c’était il y a 20 ans». «La direction (à la Sûreté) a changé, un certain nombre d’acteurs sont à la retraite voire décédés», a dit Guy Rapaille, lui qui n’était pas à la manoeuvre au moment des faits.

Des liens persistants avec la mafia russe

La commission d’enquête parlementaire cherche toujours à comprendre les liens présumés entre un trio d’hommes d’affaires proches de la mafia et certains milieux politico-économiques en Belgique et un éventuel trafic d’influence qui a pu aboutir à une modification législative et une transaction avec la Justice à leur profit.

Des documents que Guy Rapaille a pu consulter et dont il a fait état aux commissaires, il ressort que la Sûreté a entretenu de «nombreux contacts» avec Patokh Chodiev, ces liens avec la mafia russe étant encore épinglés, après la parenthèse «rien à signaler», cela jusqu’au début des années 2000.Lors de ces contacts, l’homme d’affaires a tenté d’obtenir des faveurs des autorités belges, pour lui et pour ses proches.

 

Chodiev était-il un «informateur» du renseignement?

Il est apparu que Chodiev a obtenu permis de travail et cartes professionnelles qui ont ouvert la voie à son séjour en Belgique. Le quotidien Le Soir indique mercredi que Tractebel, empêtrée à l’époque dans un investissement au Kazakhstan est intervenue pour ce faire auprès des autorités.

Les liens entre Chodiev et la Sûreté ont fait dire à certains commissaires que l’intéressé a pu être un «informateur» du renseignement alors que l’Europe occidentale était intéressée à l’époque à pénétrer la mafia russe dans un contexte de démantèlement de l’Union soviétique.

Au coeur également de l’enquête de la commission figurent deux documents émanant de la police de Waterloo concernant les qualités de Patokh Chodiev en vue de sa naturalisation. Le premier émane d’un agent de quartier ayant eu des contacts avec la Sûreté dont il apparaît qu’il y a lieu de ne «pas trop se presser» pour répondre à une demande de naturalisation.

Arrivé au Parquet de Nivelles, un deuxième document loue lui l’intégration de Chodiev et notamment sa bonne connaissance du français. La signature est celle du chef de corps de la police de Waterloo Michel Vandewalle. Elle est relativement «illisible», a indiqué  Guy Rapaille, alors qu’un doute manifeste existe sur l’authenticité de ce document. L’entête a également été modifiée. La mention «adjoint» a été biffée dans l’intitulé «commissaire adjoint». Dans la presse, le commissaire Vandewalle a nié être l’auteur de ce document. Il est entendu mercredi après-midi en commission d’enquête.

«Assez intéressant», a observé Guy Rapaille, les termes repris dans ce deuxième document sont quasiment les mêmes que ceux reproduits dans un document auprès de la Sûreté sur base d’une informateur anonyme.