Kazakhgate: l’intervention d’Armand De Decker dans l’affaire Chodiev, illégale ou pas?

07:19 03.11.2016

L’ancien président du Sénat et ancien ministre Armand De Decker (MR) a bien joué un rôle central dans l’affaire de corruption liée au milliardaire belgo-kazakh Patokh Chodiev, rapportent samedi Le Soir et les titres Sudpresse.

Le Soir et le site d’information français Mediapart ont pu se procurer une série de pièces des procédures judiciaires belge et française relatives à une affaire de corruption où apparaît le nom d’Armand De Decker (MR). Ce dernier est intervenu auprès du ministre de la Justice de l’époque Stefaan De Clerck (CD&V) et de son cabinet, en compagnie de Maître Catherine Degoul, l’avocate de Chodiev, pour améliorer la situation judiciaire du milliardaire.

En 2011, Patokh Chodiev, un homme d’affaire belgo-kazakhe, est sur le point d’être envoyé devant un tribunal pour des affaires de faux et de blanchiments d’argent. Ce procès étant une très mauvaise publicité pour lui, il espère y échapper en payant une transaction pénale. Cependant, la transaction pénale n’est pas possible pour la justice belge face à des faits aussi graves que ceux qui sont reprochés à Patokh Chodiev.

A l’été 2011, le parlement ouvre les possibilités un peu plus largement pour la transaction pénale. La justice en profite et propose une transaction pénale à Patokh Chodiev. N’hésitant pas une seconde, l’homme d’affaire paye 23 millions d’euros et échappe ainsi à un procès.

Mais quel est le rôle joué par Armand De Decker dans cette histoire? Selon Alain Vaessen, notre journaliste qui travaille sur cette affaire pour l’émission «Devoir d’enquête», l’ancien président du Sénat est en fait l’intermédiaire belge d’un trio français qui cherche à aider Patokh Chodiev. Le président kazakhe étant un ami de Patokh Chodiev, il a demandé à ce qu’on le sorte des griffes de la justice belge. Il y a également un gros marché d’armement qui est en négociation entre la France et le Kazakhstan, et la France voudrait bien faire plaisir au président kazakhe.

Illégal ou pas?

Toujours selon Alain Vaessen, le témoignage neuf publié dans Le Soir ce samedi renforce les précédents témoignages déjà existants, mais il ne prouve pas une illégalité. Armand De Decker est soupçonné d’avoir joué de son influence pour faire modifier la loi afin que Patokh Chodiev puisse bénéficier de cette fameuse transaction pénale. Le témoignage qui apparaît aujourd’hui montre qu’Armand De Decker suit ce dossier de très près, qu’il se sert de ses connaissances dans le monde politique pour suivre ce dossier. Il est venu dans le cabinet du ministre de la justice avec l’avocate française de Patokh Chodiev. Mais il ne le cache pas, il dit qu’il est là pour l’homme d’affaire kazakhe. Est-ce une intervention occulte? La justice n’a en tout cas pas encore pu le prouver. D’un point de vue éthique, on peut évidement s’interroger quand un homme politique joue de sa connaissance du monde politique pour suivre ce dossier de très prêt et aider un justiciable privé à s’en sortir au mieux. D’autant que ce service a rapporté gros à l’avocat Armand De Decker puisque, il ne le nie pas, il a touché 730 000 euros.

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