Où sont passées les montres de l’Élysée ?

Où sont passées les montres de l’Élysée ?

11:39 25.08.2016

Deux cadeaux d’une valeur de 44 000 euros chacun se sont évaporés. Le juge Roger Le Loire tente de résoudre cette énigme. Une partie de Cluedo.

Où sont passées les deux montres de luxe, d’une valeur de 44 000 euros chacune, offertes en 2009 par un magnat de l’industrie minière mondiale à un conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy ? Le juge d’instruction du pôle financier du TGI de Paris Roger Le Loire aimerait bien le savoir.

Entendu cet été par le magistrat, le diplomate Damien Loras, 46 ans, ex-consul de France à São Paulo, a récusé toute tentative de corruption dans l’affaire dite du Kazakhgate de la part de Patokh Chodiev, homme d’affaires ouzbeko-belge et deuxième fortune de Belgique. Loras jure avoir laissé les montres à l’Élysée, dans le coffre de la cellule diplomatique, à l’heure de l’alternance, en mai 2012.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Or Roger Le Loire, qui les réclame à l’Élysée depuis novembre 2015, n’a jamais pu les récupérer. Depuis les premières révélations du Kazakhgate – l’existence de rétrocommissions lors de la vente d’hélicoptères de combat au Kazakhstan –, le juge s’est mis en quête de ces montres aux bracelets en croco achetées chez Kronometry, une boutique de luxe de la rue François-Ier, près des Champs-Élysées. Pour cela, il a fait parvenir, le 3 novembre 2015, une première réquisition judiciaire à Jean-Pierre Jouyet, secrétaire général de l’Élysée.

Le Loire, un teigneux, en renvoie une seconde le 25 mai 2016 : les montres sont-elles toujours là ? Les enquêteurs seront chargés de procéder à leur saisie, fait-il savoir à l’ami intime de François Hollande, qui dirige la machine élyséenne.

C’est que l’Élysée n’a pas habitué le pôle financier à une telle lenteur : en avril 2013, Serge Tournaire, qui enquête sur l’affaire Tapie-Crédit lyonnais, a obtenu des archives numériques du Château en à peine un mois ; certes, la cible était Nicolas Sarkozy. De même, le secrétaire général avait répondu prestement à la réquisition judiciaire du même Le Loire en mai 2013 à propos de François Pérol, conseiller économique du président Sarkozy poursuivi pour prise illégale d’intérêts. L’article 99-3 du Code de procédure pénal est très clair : « Un juge peut requérir de toute administration publique qui est susceptible de détenir des documents intéressant l’instruction de lui remettre ces documents. »

mploré par Damien Loras de mettre fin aux rumeurs de corruption qui lui portent un préjudice tant personnel que professionnel, Gaspard Gantzer, le chargé de com de Hollande, lui confirme par retour de mail, le 9 octobre 2014, qu’il a bien expliqué aux médias que les montres « ont été retrouvées dans un coffre à la cellule diplomatique puis transmises au service chargé des cadeaux présidentiels situé à l’Alma ».

Pourquoi, alors, la rétention de l’Élysée ? Un épisode inconnu jusqu’à ce jour pourra peut-être éclairer le juge Le Loire. En 2014, des cadeaux présidentiels ont disparu du Château. Une enquête avait été diligentée par Sylvie Hubac, directrice de cabinet du chef de l’État. Un huissier était au départ soupçonné de vol, mais l’enquête remonta jusqu’à un membre du cabinet… Puis certains des cadeaux envolés réapparurent, ce qui stoppa aussitôt les investigations. Les montres de luxe de Loras feraient-elles partie d’un lot de cadeaux jamais retrouvé ? Interrogé par Le Point, Gaspard Gantzer affirme avoir bien transmis un courriel à Damien Loras confirmant la présence des toquantes à l’Élysée, mais, précise-t-il, « je ne les ai pas vues moi-même »…

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